Présentation technique détaillée d'Aid'Orient'

1 - Présentation de l'épreuve

 1.1 - Présentation d'ensemble de l'épreuve
Aid'Orient' est un inventaire d'intérêts professionnels destiné aux jeunes et à leurs conseillers, dans le cadre de l'aide à l'élaboration du projet professionnel. Il comporte une forme masculine et une forme féminine, est disponible en version "papier-crayon" ou sous la forme d'un logiciel. L'utilisateur peut ainsi choisir la version la mieux adaptée à ses possibilités et contraintes d'utilisation.
Le logiciel permet la passation interactive, la saisie de protocoles issus de la passation "papier-crayon", l'impression immédiate ou différée des protocoles, l'accès à des documents (définitions des échelles d'Aid'Orient' et des orientations de Holland, méthode d'exploitation des résultats dans le cadre d'une démarche active du répondant, assisté par son Conseiller...).

 1.2 - Objectifs visés
    Mieux cibler, et élargir la cible, en termes de pistes pertinentes (face aux réels intérêts professionnels du répondant) à examiner dans le cadre de l'élaboration du projet professionnel.
    Disposer d'une interface entre le profil d'un candidat à l'orientation scolaire et professionnelle et "l'univers des métiers", permettant en particulier d'identifier dans les répertoires de métiers des choix professionnels envisageables.
    Fournir une clef d'entrée dans l'élaboration du projet professionnel, les autres facteurs de l'orientation (aptitudes, capacités, potentialités, débouchés...) étant examinés lors du "passage au crible" des propositions issues de l'exploitation des résultats obtenus à Aid'Orient'.
    Minimiser le plus possible l'effet des stéréotypes qui conditionnent le plus souvent le choix professionnel.
    Disposer d'un instrument fiable, d'application simple et rapide, permettant ainsi son utilisation au bénéfice d'un large public.
    Produire des informations utilisables dans le cadre d'une démarche active d'élaboration du projet professionnel (et non pas fournir "mécaniquement" "LA bonne réponse").
    Disposer d'un instrument qui puisse s'insérer dans tout type de démarche d'aide à la construction du projet professionnel, privilégiant l'entretien ou le travail en groupe.
    Disposer d'un instrument suffisamment sensible pour faire apparaître la hiérarchie des préférences professionnelles du répondant, alors même que d'autres instruments ne produisent dans certains cas qu'un profil insuffisamment différencié, voire un profil "plat".
    Susciter l'intérêt des jeunes auquel l'inventaire est proposé, et ainsi favoriser leur indispensable implication dans la démarche d'élaboration du projet professionnel, tant en raison de la forme et du contenu de l'instrument, qu'en raison de l'objet de la dimension étudiée.
    Susciter une réflexion concrète face au projet professionnel, reposant sur le contenu des métiers et non sur les stéréotypes attachés à leurs noms, grâce au contenu de l'épreuve.
    Du point de vue technique, traiter en amont, soit lors de la construction, le plus largement possible, les difficultés d'utilisation de ce type d'épreuve.

 1.3 - Public visé
Aid'Orient' Intérêts Professionnels Jeunes est destiné à des jeunes âgés de 14-15 ans et plus, en cours de scolarité ou bénéficiaires potentiels des mesures en faveur de l'emploi des jeunes (16 ans et plus), y compris les jeunes dits "de bas niveau", pour autant qu'ils maîtrisent suffisamment la lecture.

 1.4 - Domaines d'utilisation
Aid'Orient' s'insère dans une démarche d'aide à l'élaboration du choix professionnel, concrétisée par la définition d'un itinéraire de formation, voire la recherche d'un emploi (public 16-25 ans).
L'expérience a montré que dans ce cas, la sincérité des réponses, un des fondements de la validité du protocole, est, sauf rare exception, acquise.
En revanche, comme pour tout questionnaire ou inventaire d'intérêts, l'utilisation d'Aid'Orient' en situation de sélection pour des formations ou des emplois est pour le moins délicate, la perception de l'enjeu pouvant induire un biais dans les réponses, qui refléteraient probablement plus ce que le répondant suppose qu'on attend de lui, que des choix sincères.

 1.5 - Qualification des utilisateurs
Les utilisateurs habilités à utiliser Aid'Orient' sont les Psychologues (au sens de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 et du décret n° 90-255 du 22 mars 1990 et textes suivants).

 1.6 - L'aide à l'élaboration du projet professionnel

 1.6.1 - La multiplicité et la complexité des informations à prendre en compte

 1.6.1.1 - Informations relatives à la personne
Sans définir, développer, ni hiérarchiser ici ces divers aspects, on peut énumérer : les aptitudes, les capacités, la personnalité, les intérêts, l'image de soi, l'histoire du sujet, son environnement familial et socioculturel...
L'analyse et la synthèse de l'ensemble de ces éléments constituent des préalables à l'élaboration du projet professionnel.

 1.6.1.2 - Informations relatives à "l'univers des métiers"
Les activités professionnelles sont diverses et multiples : le Répertoire Opérationnel des Métiers et Emplois (ROME) de l'ANPE recense environ 10 000 appellations de métiers et emplois.
Il est certes inconcevable d'examiner la totalité des métiers et professions dans le cadre de l'élaboration du choix professionnel. Ainsi que l'affirme Kuder : "même si un individu songeait à passer en revue toute l'étendue des professions, il serait probablement découragé par l'immensité de la tâche [...], cet individu a donc besoin de quelque moyen de restreindre ce domaine, de façon à pouvoir examiner à fond les professions qui auront le plus de chances de lui convenir."(2).

 1.6.2 - Les stéréotypes
Trois citations me semblent fort bien résumer le propos sur ce point.
Selon Holland, les individus expriment en termes de stéréotypes leurs représentations du monde professionnel (4).
Le Professeur Bonnardel, dans son adaptation française de l'inventaire de Rothwell-Miller, précise que : "les stéréotypes, dans certains cas, peuvent être fondés sur un aspect plus spectaculaire que caractéristique du métier. Il est possible pour un stéréotype d'être relativement exact ou presque complètement erroné. Par exemple, le stéréotype du caissier de banque en tant qu'évoquant un emploi sédentaire, la manipulation d'argent et de chiffres, etc., peut être relativement exact. Mais l'idée répandue que le métier d'hôtesse de l'air est plein d'agréments et de fascination, a peu de rapport avec la préparation des repas et les soins aux passagers ressentant le mal de l'air, etc., qui - en réalité - constituent le travail réel." (10).
Le Professeur Kuder en évoque les conséquences : "souvent, les gens choisissent leur profession par suite de quelque influence accidentelle, plutôt que par le résultat d'une étude approfondie du domaine des professions" ; il précise que "parfois, un adolescent choisit sa profession en se fondant sur des caractères superficiels de celle-ci, ou pour quelque raison tout à fait étrangère à la profession elle-même. Il peut s'engager dans une profession parce que certains de ses amis l'ont fait, ou parce qu'il a une fois connu quelqu'un dans ce domaine, ou à cause de la valeur de prestige associée habituellement à cette profession." (2).

 1.6.3 - Les limites de l'expression spontanée des jeunes
Au plan quantitatif, lorsque des jeunes âgés d'à peine plus de 15 ans en moyenne, sont invités à exprimer leurs choix et rejets de métiers, dans le cadre de l'enquête décrite plus loin, les garçons expriment en moyenne 2,3 choix et 1,5 rejet et les filles 3,0 choix et 1,8 rejet.

 1.6.4 - Quelques observations complémentaires

 1.6.4.1 - L'orientation sur la base des aptitudes
L'orientation s'effectue fréquemment sur la base des aptitudes, voire des inaptitudes (orientation négative). Même si cette démarche est parfois sanctionnée par l'obtention d'un diplôme professionnel, rien ne garantit, et surtout pas durablement, l'insertion professionnelle dans la voie correspondante, faute de prise en compte des intérêts du jeune.

 1.6.4.2 - La maturation du choix professionnel
Celle-ci est affectée par divers facteurs, dont :
    l'âge ;
    le niveau socioculturel ;
    le niveau d'instruction (fortement corrélé avec la variable précédente) ;
    un manque de capacité à se projeter dans l'avenir (caractéristique particulièrement accusée chez les publics dits "de bas niveau").
En outre, la méconnaissance de soi affecte l'auto-évaluation effectuée par l'intéressé.

 1.6.4.3 - L'orientation précoce
Plus l'orientation est envisagée précocement, plus elle est difficile. La décision "d'orienter" un jeune découle généralement de l'observation de résultats scolaires médiocres, et alors les handicaps se cumulent. "C'est aux enfants qui sont en situation d'échec, qui manquent d'information, dont les parents sont en situation d'infériorité par rapport à l'école, que l'on demande de choisir le plus tôt.", ainsi que l'écrivait Jean-Louis Faure dans une étude publiée en 1980.

 1.6.4.4 - L'orientation : processus continu ou décision ponctuelle ?
Alors que pour le spécialiste, l'orientation est un processus continu ponctué par des étapes essentielles, pour le grand public, il s'agit plutôt d'un acte ponctuel, d'une décision à prendre à un moment donné ; parfois même, de l'obligation de rendre une fiche à l'école à une date fixée par celle-ci, en attente de sa décision.

 1.6.4.5 - La perception des parents
Les parents considèrent généralement les études courtes à vocation professionnelle comme une orientation scolaire dévalorisante, un échec, par rapport à ce qui constituerait la "voie normale", soit la poursuite des études "le plus loin possible", de nature à minimiser les craintes qu'ils expriment face à l'avenir de leurs enfants.
Si les parents pèsent, ou tentent de peser, sur le choix et la poursuite des études, ils laissent généralement au jeune la liberté du choix du métier (pour autant que ce choix ne diverge pas trop de leur projet).
Les parents considèrent que les goûts des jeunes doivent être pris en compte, mais attachent davantage d'importance aux aptitudes (évoquées en termes scolaires) et aux débouchés des métiers (par ailleurs bien mal connus). En contrepoint, certains parents ne valorisant pas l'école et les études, n'ont pas de réelle ambition professionnelle pour leurs enfants ; ils souhaitent que ceux-ci, dans la mesure du possible, rentrent dans une branche professionnelle dès la fin de la scolarité obligatoire, cessant ainsi d'être une charge financière.

 1.6.4.6 - Le recours au conseil
Le recours aux Conseillers d'orientation n'est nullement systématique, bien au contraire. Si la demande de conseil augmentait, les effectifs des Conseillers ne leur permettrait d'ailleurs pas d'y répondre.
Les Conseillers d'orientation interviennent souvent, sur sollicitation, auprès de deux catégories de publics :
    sur demande, ou instigation, des parents issus de milieux informés (et on sait bien que ce sont les gens les mieux informés qui recherchent le plus d'informations, ceci expliquant cela) ; il ne s'agit pas nécessairement des jeunes ayant le plus besoin d'être aidés dans cette démarche ;
    sur demande des établissements scolaires, auprès des jeunes connaissant des difficultés particulièrement aiguës, et pour lesquels le champ et la nature des solutions sont bien restreints.
Les Conseillers considèrent généralement comme insuffisants les budgets-temps disponibles pour conduire des actions plus ambitieuses, se situant plus dans le cadre de l'aide continue à l'élaboration du projet professionnel, que dans celui de l'aide à la décision ponctuelle.
Les Conseillers doivent s'adapter à des attentes diverses, et rarement conformes à leur conception de l'aide à l'élaboration du projet professionnel :
    certains attendent du Conseiller une prescription précise en terme de formation et/ou de métier, le Conseiller étant pour eux détenteur de LA bonne réponse ; ce n'est pas pour autant qu'ils seraient prêts à accepter la prescription si le Conseiller répondait sous cette forme ;
    certains attendent du Conseiller la validation de leur projet, aussi peu pertinent soit-il ; si ce projet est remis en cause par le Conseiller, même avec les formes que sait y mettre un professionnel, le Conseiller, ou l'institution à laquelle il appartient, seront mis en cause plus facilement que le projet ;
    d'autres consultent "à tout hasard", le Conseiller étant perçu comme un éventuel recours, auquel on ne croit d'ailleurs pas trop.

 1.6.4.7 - Les formations
Lorsqu'un projet a été élaboré, encore est-il nécessaire que la formation qui doit permettre de le concrétiser soit accessible à l'intéressé (niveau requis et conditions d'inscription, de sélection éventuelle ; situation géographique de l'établissement dispensateur ; coût éventuel ; etc.).

 1.6.4.8 - Les débouchés
Si la nécessité de s'interroger à ce sujet est largement partagée, en revanche, l'information disponible est bien pauvre, voire quasi inexistante dans bien des domaines, particulièrement au-delà du court terme.

 1.6.4.9 - L'évolution du contexte de l'orientation
Affirmer "un métier pour la vie, c'est fini !" est devenu un lieu commun. Certains ajoutaient il y a déjà quelques années, qu'en l'an 2000 (et c'est bien proche...), deux salariés sur trois exerceront un métier qui n'existe pas encore, et qu'une partie des métiers qui existent aujourd'hui auront disparu. En outre, un jeune qui entre dans la vie active aujourd'hui, devra exercer successivement plusieurs métiers. Si l'on dispose de quelques indications sur cette évolution, le contour en est toutefois bien imprécis face au conseil individuel. Il ne s'agit donc plus d'aider à l'élaboration d'un projet professionnel s'exprimant en terme de métier, mais plutôt en terme de filière professionnelle, apte à favoriser l'adaptation du travailleur à un environnement professionnel en évolution constante.

Si par le passé, il était courant de se satisfaire d'avoir accédé à un métier, pratiquement quel que soit celui-ci, et de le conserver jusqu'à la fin de la vie active, il n'en va plus de même aujourd'hui. L'évolution des mentalités, l'élévation du niveau socio-économique global de la population, l'indemnisation du chômage, sa banalisation qui rend le statut de chômeur plus supportable socialement, et divers autres facteurs, ont contribué à ce que s'élève le niveau d'aspiration des jeunes face au travail, qu'il s'agisse de ce qu'ils attendent du travail lui-même, ou des contraintes qu'ils sont prêts à accepter en contrepartie des avantages que procure le travail hors de l'emploi.

Selon Gabriel Bez (Education Permanente, n° 57) "la montée continue du chômage, liée à l'essoufflement de la croissance et à l'interpénétration des économies, rend plus aiguë la gestion du marché du travail. L'écart croissant, quantitatif et qualitatif, entre offre et demande d'emploi, renforce la compétition et la sélection pour les emplois restants" et il souligne, comme une des "marges d'action disponibles" sur lesquelles on peut intervenir, "l'orientation [...], un des lieux d'articulation entre le système d'accès aux emplois ou formations y conduisant, et l'état des souhaits et compétences des individus."

 1.7 - La psychologie des intérêts
Je rappellerai simplement quelques motifs de s'intéresser à cette discipline :
    Les intérêts inventoriés constituent une information plus fiable que les intérêts exprimés. Un inventaire (valide et bien utilisé) peut permettre d'identifier les intérêts d'un sujet, alors que son expression spontanée, voire même sollicitée, peut s'avérer très pauvre à ce sujet, et saturée par les stéréotypes.
    Les intérêts professionnels (inventoriés) d'un individu, constituant des tendances stables et durables, sont de nature à permettre l'établissement d'un pronostic.
    L'entrée dans la construction du projet professionnel sur la base des intérêts, plutôt que sur celle des aptitudes, est plus motivante pour l'intéressé. Les autres facteurs de l'orientation sont examinés dans un second temps.
    "L'univers des métiers" peut être catégorisé selon les catégories d'intérêts professionnels ; celles-ci constituent alors une interface entre un profil individuel et le monde professionnel.
    Si l'on ne peut pas toujours retenir un projet professionnel correspondant aux préférences du candidat, au moins peut-on rejeter les hypothèses correspondant aux catégories d'intérêts les plus fortement rejetées, minimisant ainsi les risques d'insatisfaction et, par conséquent, d'instabilité dans la voie déterminée.
    A défaut de pouvoir faire bénéficier à un large public de "prestations lourdes", l'inventaire d'intérêts, qui peut être d'application - et d'exploitation, selon ses caractéristiques - rapide, aide à couvrir plus largement les besoins de conseil.
    Enfin, l'expérience a montré que l'application de ce type d'instrument, malgré la réticence généralement rencontrée face aux tests, est généralement bien acceptée par les intéressés.

 1.8 - Education des choix ou test d'intérêts ?
En termes de tendances, on constate que le vocabulaire voit se substituer progressivement le terme de "projet professionnel" à celui "d'orientation" et que les pratiques se situant dans le courant de "l'éducation des choix" s'étendent (même si elles ne bénéficient encore qu'à une trop faible partie du public), alors que l'utilisation des tests en général, dont les tests relatifs aux intérêts professionnels, a régressé, même si certains estiment que l'on observe actuellement un renversement de tendance.
Cette situation porte-t'elle condamnation des tests en général, de certains d'entre eux, de certaines utilisations, voire de certains utilisateurs, ou d'une assimilation avec les pseudotests ?
La recherche de rationalité présidant à la fois à l'utilisation des inventaires d'intérêts professionnels et aux méthodes d'aide à l'élaboration du projet professionnel, comment pourrait-on contester la présence des premiers dans la "boite à outils" des secondes ?

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